L’essai pour conte

Les plus grands projets jaillissent parfois de simples mots, qui perdent une seconde leur sens littéral et font surgir un pendant caché. Des mots qui se délient et se relient dans un autre sens. Qui font soudainement croiser des idées qui, habituellement ne cohabitent pas.  Laissés pour compte. L’essai pour conte.

téléchargementC’est par ce jeu de mots, en langage des oiseaux, que Guillaume Pisonero va esquisser un projet de plus de six mois autour de l’écriture afin de transmettre ce pouvoir de création que détiennent ceux qui savent jongler avec les mots.

Le projet débute en janvier. Guillaume, Lila, Charlène et les enfants des TAP de l’école de la Capelette débutent le cycle d’écriture. D’abord, les enfants expérimentent, jouent, s’essayent aux acrobaties de mots. Ils calculent leurs syllabes pour faire des alexandrins, découvrent l’art minimaliste du haïku, et réalisent des cadavres exquis, jeu inventé par les artistes surréalistes qui consiste à réaliser une œuvre collective sans connaitre ce que son voisin a fait. On écrit, on cache, l’autre poursuit, il cache, et ainsi de suite, jusqu’à découvrir l’ensemble, souvent loufoque. 

Puis, ils vont se pencher sur quelques formes littéraires et étudier les grands auteurs qui les ont maniées avec virtuosité. Ils ont étudié (passé puis présent) le discours de Martin Luther King et le fameux « I have a dream », qui a fait le tour du monde en portant les plus grands espoirs de paix. 

IMG 20180529 154314Puis, ils rencontrent celui qui « dit non avec la tête, mais il dit oui avec le cœur », Le Cancre qu’a inventé Jacques Prévert, pour incarner en poésie les fortes têtes des classes. Ils ont aussi appris un art qu’ils connaissent tous et pratiquent parfois au quotidien : le rap, poésie urbaine des temps modernes. Ils apprennent à retranscrire la morosité et les maux du quotidien avec la force des mots, et se reconnaissent parfois dans les vers de Petit frère d’IAM.

Au-delà de la forme littéraire, ils travaillent également sur des problématiques de fond. Car bien sûr, pour conter, il faut avant tout avoir quelque chose à dire !  Pour cela, Guillaume et son équipe ont choisi de se concentrer sur la lutte contre les discriminations. Camille et Djelika de la Caravane Citoyenne ont fait un détour par la Capelette avec leurs mallettes de jeux pédagogiques, afin qu’ils apprennent à identifier les discriminations pour mieux lutter contre, et ne pas les reproduire.

 

  

IMG 20180529 153541Le 27 mai dernier, Neylan, volontaire en service civique à la vie associative, s’est rendue à l’école, avec, à la main, une pochette qui contenait les 80 photos qui ont été les plus appréciées des concours Discrimin’action des quatre éditions. Ils ont tapissé la salle de ces photos au mur, au sol, sur les bancs, sous les bancs,  afin que les enfants sélectionnent leurs vingt favorites sur des thèmes variés : lutte contre le sexisme, racisme, homophobie, validisme, etc.

A partir de cette sélection, le projet initial était la création d’une œuvre : un livre, avec les photos, et les textes qu’ils rédigeront en lien avec ceux-ci. Mais nous savons que le rôle d’animateur, est d’être également à l’écoute des enfants et de leurs envies. D’un accord collectif, le livre s’est transformé en une fresque qui va être affichée dans l’école, et les enfants déclameront leurs textes devant leurs camarades. Aussi, toutes les réalisations du projet feront l’objet d’une exposition dans l’école.

Guillaume conclut, non sans la pointe de fierté qui accompagne tout projet lorsqu’il est un succès, que la graine de l’écriture a bien été semée. A eux, maintenant, de l’arroser !

 

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