• Action sociales

Tous égaux, tous différents !

Mercredi 21 mars, le Théâtre de la Mer, le Théâtre de l’OEuvre et le Centre Social CCO Velten ont ouvert leurs portes dans le cadre de la Semaine d’Éducation et d’Actions contre le Racisme et l’Antisémitisme du 19 au 25 mars 2018 de la DILCRAH et pour la Journée de Lutte contre les Discriminations liées à l’Origine du 21 mars. 

Un collectif engagé Journée de lutte contre les discriminations liées à lorigine théâtre de la mer BEST 1

Un évènement proposé en partenariat avec le tissu associatif socio- culturel marseillais qui a réuni l’ADEJ, ACT, Ancrages, APIS, CCO Velten, CIERES, CIQ Sévigné et Alentours, Compagnie Mémoire Vives, Mot à Mot, les Têtes de l’Art, le Théâtre de la mer, le Théâtre de l’OEuvre et bien sûr la Ligue de l’enseignement des Bouches-du-Rhône !
Nous étions présents au Théâtre de la Mer tout l’après-midi avec l’association ACT, l’association Remembeur, le CIQ Sévigné et l’association APIS pour parler des discriminations auprès du public et des jeunes des centres sociaux gérés par la Ligue de l’enseignement des Bouches-du-Rhône invités pour l’occasion. 

Histoire, mémoire et identité 

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L’association ACT a présenté l’exposition Travail d’arabe, conçue par l’association Remembeur et imaginée par l’artiste Ali Guessoum. Une série d’affiches aux messages humoristiques qui visent à bousculer les idées racistes, l’islamophobie, l’antisémitisme et toutes les formes de discrimination, des Mots dits arabes au Camembert Résident !

« L’Histoire de la migration n’est pas enseignée à l’école, elle est très peu visible. Le but de cette exposition est de pouvoir en parler et de redonner une place à ces questions-là », explique Amandine, bénévole pour l’association ACT.
L’artiste joue sur les mots, les expressions et les codes de la publicité pour donner vie à des images à la fois percutantes, drôles et engagées, qui jouent sur des idées reçues et détournent les stéréotypes.

 

C’est cette exposition qui a donné lieu à la création de l’association Remembeur qui cherche à célébrer et rendre hommage à la contribution des immigrés et des enfants d’immigrés sur tout le territoire. « On a confisqué la parole à cette génération : on se mord encore maintenant les doigts de cette erreur majeure. Il ne faut jamais déposséder les principaux intéressés, ce sont eux les experts des discriminations », écrivait l'artiste Ali Guessoum en août 2017 dans son article contre les stéréotypes, Ceux qui font le travail d’arabe, paru sur LeMonde.fr.

Les oeuvres soulèvent ainsi des questionnements qui tournent autour de la notion d’Histoire, de mémoire, de crispations identitaires et de replis sur soi. Et le public est invité à s’exprimer, à parler de son vécu. Les langues se délient dans le hall du théâtre, et les mots sont posés : « Pourquoi le mot Islam renvoie à quelque chose de connoté négativement ? » « Pourquoi certains jeunes nés ici ne se sentent pas français ? »

Les plus âgés racontent leurs anecdotes et leurs souvenirs. « Ce sont les tirailleurs algériens, dont faisait partie mon père, qui ont sauvé Notre-Dame de la Garde ! » « Je me souviens, avant, il y avait une vraie solidarité, on était curieux des autres... Si on regarde nos histoires, on est tous des exilés. Ce qu’on a à défendre aujourd’hui, c’est qu’on peut être multiples. » À la suite de la visite, les jeunes ont pu créer une affiche à la manière d’Ali Guessoum en s’inspirant de son travail. On leur a demandé de choisir un nom pour leur exposition. « Tous égaux » ? « Différents » ? « Tous citoyens» ? C’est finalement « Citoyens du Monde » qui a fait l’unanimité !

Une collégienne venue avec le Centre Social des Musardises confie : « Cette exposition m’a montré qu’on peut parler grâce à des images. On peut faire passer de vrais messages. »

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Images, réalités et clichés

Le public a par la suite été invité à s’installer dans la salle de spectacle pour assister à la projection de vidéos réalisées par le CIQ Sévigné et Alentours et l’Association APIS, qui proposent toute l’année à des jeunes de pratiquer un instrument au sein de l’orchestre à corde Harmonie Cités. Ils ont présenté des extraits du concert de fin d’année.

Ce projet s’inscrit dans la lutte contre les discriminations, comme l’explique Karim Lali : « Peu d’enfants qui vivent dans les cités ont accès à des cours de musique classique. On veut montrer aux enfants qu’ils ne sont pas moins aptes que les autres à jouer du violon par exemple, et ils sont très demandeurs ! On a pu observer que la musique impacte très positivement le comportement et les résultats scolaires. »
Le public a ensuite assisté à la projection de courts métrages réalisés par les jeunes du centre social La Solidarité et La Marie, gérés par la Ligue de l’enseignement. Des petits films qui explorent les thèmes de l’égalité filles/garçons, des clichés sur les jeunes des quartiers et des mises en scènes illustrant des situations de discriminations.

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Être acteur contre les discriminations

En dernière partie de l’après-midi, la Ligue de l’enseignement a présenté son théâtre forum : trois saynètes montrant des situations dans lesquelles des personnes sont discriminées dans le cadre d’une présentation de petit-ami d’origine afghane auprès des parents, d’un entretien d’embauche et enfin de l’arrivée d’un groupe de jeunes marseillais dans un camping qui les refuse à l’entrée sans raison légitime. Ces scènes étaient jouées par l’équipe responsable des Centres Sociaux et Maisons Pour Tous gérés par la Ligue de l’enseignement.

Journée de lutte contre les discriminations liées à lorigine théâtre de la mer BEST 10Dans une seconde partie, le public était invité à s’exprimer et àrejouer les scènes. L’occasion pour les jeunes de réécrire l’histoire, de se réapproprier les rôles et ces questions-là en prenant position. Que répondre à son père raciste qui n’accepte pas le fait que sa fille sorte avec un garçon d’origine afghane et refuse de le laisser rentrer chez lui ? « Si tu n’acceptes pas mon chéri, je m’en vais et tu ne me reverras jamais ! », s’écrie l’adolescente montée sur scène. Et à un gérant de camping qui refuse l’entrée à un groupe de jeunes pour la simple raison qu’ils sont marseillais ? « C’est de la discrimination, et je peux porter plainte contre ça ! », s’exclame une autre adolescente sous les applaudissements du public. La scène se poursuit, mais les choses, comme parfois dans la vraie vie, ne se passent pas comme prévu... La police municipale, qui connait bien le gérant du camping, soutient ce dernier et ordonne au groupe de décamper.

D’autres personnages entrent alors en scène, jouant Jeunesse et Sports, le Préfet et le Procureur de la République qui interviennent à tour de rôle dans le scénario. C’est le Préfet qui, à la fin, reconnaîtra l’acte discriminant et pourra agir auprès du Maire. Tous les personnages sont incarnés par des spectateurs, qui montent sur scène pour s’exprimer et faire face à la situation !


« Ce n’est pas toujours simple, de faire reconnaître ses droits. Ce qu’on a essayé de vous montrer avec cette dernière scène, c’est qu’il ne faut jamais lâcher l’affaire », conclut Karim Touche, le Délégué Général Adjoint de la Ligue de l’enseignement des Bouches-du-Rhône.

Fruit d’un travail collectif, cette journée de lutte contre les discriminations liées à l’origine est surtout l’occasion pour les jeunes de devenir acteurs de cette lutte et de se souvenir de la place qui est la leur, et pour laquelle il faut malheureusement aujourd’hui se battre. Savoir se faire entendre, défendre ses droits et son histoire comme ne faisant qu’une avec celle enseignée dans les livres scolaires... « Oui, il y a eu du temps perdu et des reculs, mais si on veut que ça avance, on ne peut pas attendre que ça vienne d’en haut », déclarait Ali Guessoum dans Le Monde. « On va y arriver. [...] De toute façon, on n’a pas le choix, on est chez nous. »

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